Le Coran est-il incréé ? L'objection des deux éternels
Allah connaît toutes les langues avant la création, distinction entre l'attribut de parole et sa manifestation matérielle, retournement par Jérémie 1:5
Le sens du mot makr : ruse légitime contre comploteurs, et non tromperie morale. Retournement par Ézéchiel 14:9
L'essentiel
séduire; la King James, seule version revendiquée par ce contradicteur, porte deceived.
Un prédicateur chrétien attaché à la King James lance une accusation qui circule depuis des années sur les réseaux : le Coran ferait d'Allah un trompeur
au moment de la crucifixion de Jésus, et même le plus grand des trompeurs
. Il le dit sans référence, sur la base de ce qu'il a entendu dire
. Le musulman ne se défend pas en se contentant de nier : il remonte le mot arabe à sa racine, puis ouvre la Bible du contradicteur sur un passage qu'il n'a pas lu de près.
L'attaque sans source. La réponse affirme que le Coran dit qu'Allah a trompé les gens en mettant Judas à la place de Jésus sur la croix. La réponse rétorque immédiatement : où, exactement, le Coran dit-il cela ? La réponse reconnaît qu'il n'a pas la référence, il a entendu
. La réponse refuse la rumeur comme preuve : s'il porte une accusation, il doit citer le texte.
Le recours au slogan. Le verset sur Judas restant introuvable, la formulation se replie sur une forme plus générale : le Coran ne dit-il pas qu'Allah est le plus grand trompeur
? La proposition est aussitôt de lire lui-même, du Coran qu'il a intégralement mémorisé, les versets concernés.
Lecture de 4:157. Le verset cité comme preuve de la tromperie
sur la crucifixion dit en réalité ceci : Ils ne l'ont ni tué ni crucifié, mais ce fut un semblant.
Le texte décrit le trompe-l'œil vécu par les conjurés, pas un mensonge proféré par Dieu aux hommes. Les comploteurs pensaient tenir Jésus et l'exécuter ; Dieu a retourné leur plan. Le sujet grammatical de la situation trompée, ce sont eux : des conspirateurs pris à leur propre piège.
Le sens de makr. Le sens de makr rétabli. La question suivante sur le vrai point litigieux, khayr al-mākirīn en Coran 3:54. Il corrige d'abord la traduction courante. Le mot arabe makr ne désigne pas la tromperie morale au sens biblique ou moderne. Il désigne une stratégie discrète, un plan caché, une habileté à déjouer. Le terme est moralement neutre : il devient blâmable dans la bouche d'un oppresseur et louable dans la bouche d'un défenseur. Quand des conjurés trament le meurtre d'un prophète, leur makr est mauvais. Quand Dieu renverse ce makr contre eux, le Sien est justice. La meilleure traduction de khayr al-mākirīn n'est donc pas le meilleur des trompeurs
mais le meilleur des stratèges ou le meilleur des planificateurs. La traduction corrigée est alors reconnue à voix basse : La meilleure des planificateurs. D'accord.
Le principe coranique de retournement. Le verset 3:54, lu dans son parallélisme, rend le sens évident :
Ils complotèrent, et Allah déjoua leur complot. Et Allah est le meilleur de ceux qui déjouent les complots.Coran 3:54
La phrase ne dit pas qu'Allah ment à quelqu'un : elle dit qu'Allah est suprême quand il s'agit de renverser les ruses dirigées contre Ses prophètes. Ce n'est pas un attribut de duplicité, c'est un attribut de justice souveraine. Une stratégie défensive contre des comploteurs n'est pas une tromperie ; c'est une contre-ruse légitime, comme lorsque l'on déjoue un piège tendu à un innocent.
Une stratégie défensive contre des comploteurs n'est pas une tromperie ; c'est une contre-ruse légitime, comme lorsque l'on déjoue un piège tendu à un innocent.
Le retournement : Jérémie 20:7. Le retournement par Jérémie 20:7. Le musulman reprend la main avec la Bible du visiteur. Il lit à voix haute en King James :
Oh Lord, thou hast deceived me, and I was deceived : thou art stronger than I, and hast prevailed.Jérémie 20:7, KJV
Jérémie, un prophète, s'adresse à Dieu et lui dit : Tu m'as trompé, et j'ai été trompé. Une première objection s'élève : C'est Jérémie qui parle, c'est un homme.
Le musulman renvoie : oui, c'est Jérémie qui parle, mais il parle à Dieu et de Dieu. Il ne se plaint pas d'avoir été trompé par les hommes, il dit explicitement que l'auteur de la tromperie, c'est Yahvé.
Le coup frontal : Ézéchiel 14:9. Le musulman va plus loin. Il cite la référence décisive, celle que le visiteur n'a pas vue venir, et il la fait lire à voix haute :
And if the prophet be deceived when he hath spoken a thing, I the Lord have deceived that prophet.Ézéchiel 14:9, KJVEt si le prophète se laisse séduire et prononce quelque parole, c'est moi, l'Éternel, qui aurai séduit ce prophète.
Yahvé à la première personne. Cette fois, l'échappatoire n'existe plus. Celui qui parle est Yahvé à la première personne. Le verbe hébreu pātâh signifie bien séduire, induire en erreur, tromper. Et le verset prolonge la déclaration par une punition : je l'exterminerai du milieu de mon peuple Israël. Le texte biblique attribue donc à Dieu une tromperie volontaire suivie du châtiment du prophète trompé. La lecture à voix haute produit un moment de flottement, puis un murmure Mon Seigneur n'est pas un trompeur.
Le musulman pointe le texte : tu viens de lire le contraire dans ta propre Bible.
La conclusion frappée. Le musulman formule alors la question qui clôt la séquence : Comment prendre au sérieux une référence tirée d'une Bible dont le Dieu lui-même admet avoir trompé ses prophètes ?
La question reste sans réponse. Le fil de l'échange se déplace alors vers un autre terrain, la divinité de Jésus. Le public comprend : l'accusation lancée contre le Coran, fondée sur une mauvaise traduction d'un mot stratégique, vient de se retourner en clair dans le texte accusateur lui-même.
Le prédicateur chrétien quitte la conversation sur une envolée sur la divinité de Jésus sans avoir répondu à Ézéchiel 14:9. L'objection Allah le trompeur
se transmet comme une évidence depuis des années ; il suffit pourtant d'ouvrir un chapitre de l'Ancien Testament, dans la Bible même du contradicteur, pour que l'accusation se retourne. Le Coran décrit en 3:54 un Dieu qui déjoue les complots dirigés contre Ses prophètes ; la Bible, en Ézéchiel 14:9, fait dire à Yahvé moi, l'Éternel, j'ai trompé ce prophète
. Le mot arabe makr est une ruse légitime contre les comploteurs. Le verbe hébreu pātâh en Ézéchiel est une séduction volontaire suivie d'un châtiment. Entre les deux, le verdict de cohérence est sans appel.
Un résumé reste un résumé : la reformulation cherche la clarté, quelques nuances peuvent se perdre au passage. Pour creuser un argument ou vérifier une citation, la vidéo d'origine et les sources primaires restent la référence.
Un débat ne couvre pas nécessairement toutes les réponses à une objection : d'autres arguments existent, répartis dans d'autres échanges. C'est au lecteur de faire la jonction.
Allah connaît toutes les langues avant la création, distinction entre l'attribut de parole et sa manifestation matérielle, retournement par Jérémie 1:5