Réfutation13 avr. 2026Contre Christianisme6 min de lecture

« Toute autorité m'a été donnée » : Jésus est-il Dieu ?

Psaume 40:6, Jean 20:17 et Marc 12:29 : un être qui reçoit une autorité ne peut être Dieu lui-même

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L'essentiel

  • Matthieu 28:18 se retourne sur lui-même : toute autorité m'a été donnée implique qu'elle ne l'était pas avant ; on ne donne pas à Dieu ce qu'il possède de toute éternité.
  • Jean 20:17 verrouille le point : Jésus (paix sur lui) ressuscité parle de mon Dieu et votre Dieu, un Dieu qui a un Dieu n'est pas Dieu.
  • Psaume 40:6 démolit la nécessité du sacrifice : Dieu n'a pas désiré d'offrande ni d'holocauste, la position chrétienne reconnaît qu'Il pardonne comme Il veut.
  • Jean 17:21 neutralise Jean 10:30 : le un appliqué aux disciples est unité de communion, pas d'essence ; la lecture trinitaire devient arbitraire.
  • Marc 12:29 range Jésus (paix sur lui) parmi ceux qui écoutent le Shema, pas parmi les personnes divines à compter.

Contexte

Le terrain. L'argument trinitaire est confronté à la lecture musulmane. La discussion commence sur Éphésiens 2 et le péché originel, bifurque sur le sacrifice de la croix, puis se fixe pendant la seconde moitié sur une question unique: Jésus peut-il être pleinement Dieu s'il a un Dieu, s'il soumet sa volonté à une autre volonté, et s'il reçoit une autorité qu'il n'avait pas auparavant?

L'argument trinitaire est confronté à la lecture musulmane.

La ligne de faille

Le nœud de Matthieu 28:18. Le cœur de l'échange se noue autour de Matthieu 28:18, le verset même que les chrétiens brandissent pour fonder le baptême trinitaire. Juste avant la fameuse formule « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Jésus déclare : toute autorité dans le ciel et sur la terre m'a été donnée. La question qui désarticule le passage est: comment peut-on donner à Dieu ce que Dieu est censé posséder de toute éternité ? Dieu peut-il être sans autorité avant qu'on la lui remette ?

La parade des deux natures démontée. La parade classique des deux natures est tentée: Jésus serait pleinement Dieu et pleinement homme, ce qu'on lui donne concernerait sa nature humaine. La grammaire du texte démonte la manœuvre. Ce n'est pas la nature humaine qui parle à la fin de Matthieu, c'est la personne de Jésus. La personne dit m'a été donnée. Or la personne, selon la confession chrétienne elle-même, est l'union indivisible des deux natures. Si la personne reçoit l'autorité, c'est bien le sujet complet, pleinement divin, qui la reçoit. Et ce qui reçoit n'est pas ce qui possède.

Jean 20:17 : mon Dieu et votre Dieu

Jean 20:17 après la résurrection, piège double. La question suivante porte sur Jean 20:17. Jésus ressuscité, selon le récit chrétien, croise Marie de Magdala et lui dit de porter ce message: je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Le piège est double. D'abord, la parole est prononcée après la prétendue résurrection, donc par un Jésus supposément glorifié, sorti du rôle terrestre d'humiliation. Ensuite, c'est encore la personne qui parle, pas une abstraction. Un Dieu peut-il avoir un Dieu? La position chrétienne reconnaît qu'elle n'a pas de réponse claire, puis renvoie vers des apologètes plus expérimentés. Aveu d'ignorance, pas réfutation.

Le retournement par le Psaume 40:6

Le Psaume 40 coupe la racine. La première moitié de la discussion avait posé le décor. La position chrétienne défend que seul le sang de la croix ôte le péché. Les figures invoquées sont Noé, Abraham, Zacharie et Élisabeth, tous décrits par l'Ancien Testament ou les Évangiles comme justes et irréprochables avant toute crucifixion. L'esquive chrétienne distingue deux systèmes d'expiation, l'un sacrificiel avant Jésus, l'autre par la croix après. Le Psaume 40 verset 6, attribué à David, ouvre alors une autre voie: tu n'as pas désiré de sacrifice ni d'offrande, tu ne m'as pas demandé d'holocauste ni de sacrifice pour le péché.

La phrase chirurgicale. La phrase est chirurgicale. Si Dieu lui-même fait dire à David qu'il ne requiert ni sacrifice ni offrande, alors la nécessité absolue d'un sang versé pour pardonner s'effondre. Dieu peut-il pardonner comme il veut ? La position chrétienne reconnaît : oui, bien sûr. Dieu peut-il pardonner de plusieurs façons ? Oui, bien sûr. La structure tout entière du dogme substitutif perd son socle : si Dieu peut pardonner sans sang, la croix n'est plus une nécessité logique, seulement une hypothèse théologique. Or l'Islam propose précisément ce que le chrétien vient d'admettre : Allah pardonne directement à quiconque se repent sincèrement, sans intercesseur ni rançon.

Jean 17:21 retourné sur la question de l'unité

Jean 17 neutralise Jean 10. La dernière parade chrétienne s'appuie sur Jean 10:30 (le Père et moi sommes un) pour déduire la divinité de Jésus. L'argument se retourne avec Jean 17:21, où Jésus prie pour ses disciples qu'ils soient un comme nous sommes un. Si le un de Jean 10 prouve une unité d'essence entre le Père et le Fils, alors le un de Jean 17, appliqué aux croyants, devrait logiquement leur conférer la même divinité. La position chrétienne refuse: ici, c'est une unité de communion, pas d'essence. La concession est notée. Alors pourquoi refuser la même lecture dans Jean 10? Le un change de sens selon ce qu'on veut prouver. La lecture trinitaire est arbitraire.

La position chrétienne refuse: ici, c'est une unité de communion, pas d'essence.

Ce qui tient

La séquence d'aveux. La séquence d'aveux est nette. Un Dieu qui reçoit l'autorité n'est pas la source de toute autorité. Un Dieu qui a un Dieu n'est pas Dieu, car Dieu n'a personne au-dessus de lui. Un Dieu qui prie n'est pas celui à qui on adresse la prière. Un Dieu qui soumet sa volonté à une autre volonté n'est pas souverain au sens absolu. Face à cette pile de subordinations documentées dans les Évangiles eux-mêmes, la confession de Jésus lui-même en Marc 12:29, citant le Shema écoute, ô Israël, le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur, prend tout son relief. Jésus se range parmi ceux qui écoutent ce Dieu unique, pas parmi les personnes divines qu'il faudrait compter.

Conclusion

Ce que Matthieu 28:18 porte en lui-même. Le verset que les chrétiens invoquent pour clore le débat trinitaire, Matthieu 28:18-19, porte en son ouverture même la clause qui le défait. On ne donne pas à Dieu ce que Dieu est. Jésus dit avoir reçu l'autorité ; il dit avoir un Père qui est aussi son Dieu ; il dit ne pas connaître l'Heure ; il dit qu'un seul est bon ; il prie et se prosterne. Ces actes, rapportés par les Évangiles tenus pour canoniques, décrivent la condition d'un serviteur et d'un messager, pas celle d'une personne divine coéternelle. La sourate An-Nisā' verset 171 ne fait que remettre en ordre cette clarté initiale : le Messie, fils de Marie, n'est qu'un messager d'Allah et sa parole qu'il projeta en Marie et un souffle venant de Lui. Le retournement par la Bible elle-même laisse l'interlocuteur honnête devant un choix simple : ou bien la personne de Jésus est réellement ce qu'elle dit d'elle-même, et le dogme trinitaire n'a plus d'ancrage textuel ; ou bien les Évangiles se contredisent, et l'autorité même du corpus chrétien s'effondre pour d'autres raisons.

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